Point de vue de Nanyne
Ju : Aller !! Viens !!
Julie m'attrapa par la main et m'arracha de la chaise sur laquelle j'étais vissée depuis une bonne heure déjà.
"Les passagers du vol 113 sont priés de se présenter porte 2. Embarquement imminent !"
Ju : Aller, Nanyne ! Dépêche toi ou on va le rater !
J'avais toujours eut une peur panique des avions, c'était une vraie maladie et, pourtant j'étais amené dans le cadre de mes activités à le prendre très souvent. Cependant rien n'y faisait, j'avais toujours en moi cette même angoisse qui m'habiter le c½ur dès que je mettais le pied dans un aéroport. Et cette fois ci c'était plus fort que tout. J'étais presque en train de m'arracher les cheveux et j'avais un horrible pressentiment. Sa m'arrive des fois, je suis une fille plutôt intuitive et je me trompe rarement.
Moi : Mais Ju !! Je ne peux pas ! Je le sens mal ! Sa va pas bien se passer !! Je le sens pas, je te dis !! Et puis, 13 sa porte malheur !
Elle me lançait un regard demi agacé demi amusé. Ses deux grands yeux verts pétillaient de malice, cependant je sentais bien qu'elle était très stressée à l'idée de le louper, elle avait d'ailleurs une sainte horreur des gens en retard, sujet de conflit puisque moi je n'avais jamais été capable d'arriver à l'heure.
Ju : J'ai déjà entendu ça des milliers de fois... Et à fois chaque sa s'est bien passé nan ? On est encore en vie ?? Et puis en plus c'est pas 13, c'est 113, pour finir j'ajouterais que...
Fans : AAAAAAAAAAh !!! Elles sont là !! Elles sont lààààà !!
Julie et moi, nous nous retournâmes et ce que nous vîmes nous remplit de joie... Et d'horreur ! Une horde de fan en furie, filles et garçons confondus, accourait vers nous, papiers et posters brandis, prés à être signé.
Je comprends pas... Ils ont eut l'info où ? Je te jure ! Celui qui a filtré, je le déglingue ! Mon Dieu ! Pourquoi faut-il qu'ils soient aussi nombreux, justement le jour on a décidé de faire les malignes en se camouflant derrière des lunettes Chanel. Dire que je me suis mise en mini jupe et en débardeur au décolleté plongeant pour rien ! J'aurais mieux fait de rester en baggi... La vache... Ils sont tellement nombreux que le sol tremble... D'ailleurs ils sont combien ? 20 ? Nan plus... 40 ? Bravo ! Comme si sa avait de l'importance pauvre idiote ! Tu vas mourir écrasée sous une horde de fans en folie et toi tu te poses des questions sans intérêt...
Je lançais un regard paniqué à Ju.
Moi : Bon, je crois qu'on a plus le choix... COURS !!!
Je l'attrapais par la main et me mettais à courir vers la piste. En temps normal, nous adorions nos fans, mais cette fois, nous avions voulu passer incognito et avions renvoyé notre garde du corps.
Faire face à nombre si important de personnes prêtes à tout pour une bise ou un autographe, était extrêmement dangereux, et pour nous et pour eux. Nous avions déjà eut une expérience dans ce genre là, lors d'un concert à Paris, des centaines de fans s'étaient bousculés à la sortie des loges pour essayer de nous approcher et cela avait failli mal se finir. Le groupe et moi nous nous étions jurer de ne jamais remettre en danger la vie et la santé de nos fans que nous aimions tant.
Avec Julie toujours à mes cotés, j'escaladais la rampe d'embarquement quatre à quatre. J'étais presque arriver au sommet, un point de coté me déchirant la hanche et complètement hors d'haleine lorsque je perdis l'équilibre. Ju venait de se casser la figure et m'aurait entraîné dans sa chute si je n'avais pas eut le reflex d'attraper la rambarde de sécurité.
Nan, c'est pas vrai ! Y a que elle pour faire ça ! Bon pas de panique fait quelque chose !
Je me tournais vers les fans qui attendaient, en bas de l'escalier. Ils étaient largement plus nombreux que je l'imaginais. Je ne savais pas quoi faire... Cependant il fallait que je fasse quelque chose, n'importe quoi et vite en plus, sinon Ju finirait happé par la foule. Certains fans tentaient déjà d'escalader la rampe et essayés d'arracher les chaussures et les sacs de mon amie. Totalement impuissante, je levais les bras en l'air et comme par magie, tout le monde se tu.
Moi : Mes très chers fans ! Euh... Je suis vraiment désolé ! Mais nous avons un avion à prendre ! Mais surtout ne vous inquiétez pas, on ne vous oublie pas ! J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir très bientôt ! Je vous aime !
Mon petit speech m'avais permis à la fois d'être en paix avec ma conscience, je me sentais toujours coupable de ne pas avoir accordé de temps aux personnes qui en souhaitaient, mais aussi, et surtout, à Julie de se relever. Je tournais donc le dos au public et après leurs avoir adressé un dernier signe, je pénétrais, non sans angoisse, dans le lieu de tout mes cauchemars : l'avion !
Nous volions depuis une demi heure déjà et Julie venait de s'endormir. Moi, je parvenais tout juste à me détendre et à penser à autre chose qu'au fait que j'étais actuellement à plus de 3000 mètre du sol. Je restais cramponné à mes accoudoirs et je n'avais toujours pas détaché ma ceinture.
Moi : Par mesure de sécurité, on ne sait jamais, avais-je dit à l'hôtesse lorsqu'elle m'avait prié de l'enlever.
Elle m'avait regardé l'air de dire "c'est une blague ?", puis, finalement, comprenant que j'étais sérieuse elle m'avait apporté un tranquillisant qui commençait à faire son l'effet. Je tournais la tête vers Ju qui souriait dans son sommeil. Un sourire s'afficha sur mon visage. Tellement de souvenirs me revenaient en tête dès que je la regardais. L'entrée en 6éme où nous nous étions rencontré, mon premier anniversaire, des fêtes... Mais surtout, ce jour... Ce jour que je n'oublierais jamais... Ce jour où nous avions décidé, elle, moi et trois copains de monter un groupe. Ce jour, le 4 août 2003, l'idée a traversée Kévin, notre batteur. Nous avons tout de suite était emballé par le projet. Nous nous sommes tous mis au boulot. Nous avons prit des cours pour nous perfectionner, nous avons sacrifié tout nos week end, toute nos soirées à répéter, je me suis mise à l'écriture de chanson et Ange, notre guitariste à la création de mélodies. Deux ans plus tard, en août 2005, nous donnions notre premier concert, puis tout est allé très vite, un producteur nous a remarqué, on a enregistré un album, fait une tournée et aujourd'hui nous étions des artistes accomplis et reconnus de tous. Je me souviendrais toujours du premier concert de notre tourné. Nous étions tous les cinq dans une seule et même loge incapable d'être séparé. Nous étions tellement stressé que nous n'arrivions même plus à tenir debout, nos mains tremblaient, Ange ne savait même plus tenir une guitare, Simon ne se rappelait plus le titre de nos chanson, Julie passait son temps à crier d'une voix si aigus qu'elle assourdissait tout le voisinage, Kévin nous soutenait qu'il n'avait jamais utilisé de baguettes pour jouer de la batterie et quant à moi j'étais tellement excité que je ne pouvais m'empêcher de sauter partout et tellement stressé que j'en avais presque uriner dans mon boxer. Nous étions tous intimement persuadé que malgré notre bonnes place dans les chars, il n'y aurait personne à notre "die dézibelletour". Mais, notre conviction fut rapidement chamboulée. Pleine, la salle était pleine à craquer, remplie de monde venu pour nous écouter, pour nous applaudir, pour nous acclamé. Erwan, notre manager, avait trouvé bonne l'idée d'illuminer le public de spot vert et bleu pendant toute la première chanson. Nous avons pus donc aisément contempler la foule venue rien que pour nous voir. A ce souvenir, je ne pus retenir un petit rire. Je nous revoyais, sur scène, la bouche grande ouverte, à admirer cet océan de fans. Je nous revoyais en train de nous pincer ou de nous frotter les yeux pour s'assurer que tout était réel. Je revoyais Julie en train de pleurer de bonheur. Et surtout je revoyais Simon se prendre les pieds dans les câbles de sa basse et s'étaler de tout son long au milieu de la scène. Tout le monde avait rigolé, même moi, même nous, même lui. Je ne sais combien de temps nous sommes resté sur le devant de la scène a observé notre public. Incapable de rester débout je me suis accroupi sur scène et j'ai pus contemplé le visage de nos admirateurs du premier rang. Certains fans pleuraient, tous avaient les mains tendues vers nous. J'entendais mon prénom hurlé de partout. Puis Ju s'avança, son micro à la main et commença à chanter timidement. Je savais qu'elle était elle aussi extrêmement stressée, je savais toujours à quoi elle pensait, nous étions comme connecté. Puis tout c'est enchaîné, les chansons, les mélodies, les dédicaces, les rappels. Jamais je n'avais ressentit une telle chose. C'était bien plus fort que tout ce que j'avais pus ressentir jusqu'à présent. Jamais je n'avais aussi bien chanté, jamais je n'avais autant donné sur scène. Lorsque Ju et moi devions chanter ensemble, nos voix s'accordaient parfaitement, nous étions parfaitement en phase. Le groupe, moi, Ju, le public, nous ne faisions plus qu'un. C'était une sensation magnifique. La dernière chanson est arrivée : « Laisse moi dormir ». Une chanson qui me tenait particulièrement à c½ur puisque je l'avais écrite toute seule. Le public nous a applaudit comme jamais auparavant ce soir là, on nous a bissé de nombreuses fois, nous ne parvenions pas à sortir de scène, nous n'arrivions pas à quitter ce public si chaleureux qui nous rappelait, rappelait et rappelait encore et encore, hurlant tous aussi fort qu'ils le pouvaient. Nous ne pouvions nous empêcher de revenir pour interpréter une dernière chanson, leur dire un dernier mot, leur faire un dernier signe. Si nous avons quitté la scène ce jours là, ce fut contraint et forcer par Erwan qui n'en pouvais plus de nos aller et retour sur les planches. Nous étions les ados les plus heureux du monde. Nous avions tous 16 ans à peine et nous venions de réaliser notre plus grand rêve, c'était il y a 1 an.
Plus j'y repensais, plus je me disais que ce que je vivais était un truc de fous. Aujourd'hui, j'étais là, dans un avion privé avec ma meilleure amie, et nous nous envolions vers les USA pour notre tournée américaine. Les gars étaient déjà sur place et nous devions les rejoindre.
Un grave problème me fit revenir à la réalité. J'avais envie d'aller au ptit coin. Dilemme... Allais-je prendre le risque de me détacher de mon siége sans parachute ou allais-je me retenir jusqu'à se qu'on soit arrivé c'est-à-dire dans environ une dizaine d'heures ?
Bon alors, les toilettes sont à l'autre bout de l'avion, le temps d'aller, de revenir, le temps sur place... Divisé par 50, sous la racine carré du polynôme... On soustrait la force de l'apesanteur et enfin on ajoute le cosinus de 325 par le théorème de Pythagore du cercle trigonométrique... Sa me fait environ... 0.3% de chance de survie... QUOI ?? TANT QUE CA ?? Houlà... Y a du avoir une erreur, attends je recommence...
J'éclatais de rire. Il m'arrivait souvent de faire la conne toute seule. Le pire c'est que le plupart du temps, je ne m'en rendais même pas compte. Mais fort heureusement pour moi, personne n'avait jamais, à part Julie, réussit à savoir à quoi je penser dans ces moments là. Me sentant un peu ridicule, je me levais et toujours en rigolant, je me dirigeais vers les toilettes. J'étais presque arriver à destination, lorsque je remarquait une porte fermée. Sur celle-ci, était collé un post it qui disait : « CHUT ! Groupe de Rock extrêmement talentueux au travail ! Ne pas déranger, merci ! ». C'est vrai que j'avais oublié, mais Erwan m'avait prévenu qu'il avait du négocier avec un de ses collègues, David je-ne-sais-plus-trop-quoi pour qu'on puisse monter dans le même avion que ses rock stars et que par conséquent on ne serait pas seules. Je posais la main sur la poignée, partagé entre l'envie de braver l'interdiction, la curiosité de leurs identités et la crainte d'être mal reçut. Je penchais pour la première solutions et commençais a appuyé sur la poigné lorsqu'un hurlement inhumain émanât de derrière la porte et me fit sursauté. Convaincu que ces gars n'étaient pas normaux, je prit mes jambes à mon coup et me précipitais vers ce que Julie appelait son lieu de prédilection : les toilettes.
Georg : Ah bah quand même ! C'est pas trop tôt !
Je venais à peine de sortir des toilettes qu'un grand garçon châtain aux cheveux long s'y précipitait en me poussant violemment. Il parlait un allemand plutôt courant qui, fort heureusement pour moi, me permettait de le comprendre. Le groupe et moi, nous avions passé plus de deux mois en Allemagne l'été dernier pour assurer notre promo là-bas et grâce à ça nous le parlions tous pour ainsi dire couramment.
D'abord en colère par ce manque flagrant de bonnes manières, je songeais à défoncer la porte pour lui montrer de quel bois je me chauffais, puis y réfléchissant à deux fois, je me calmais, décidant de le prendre du bon coté et d'en rigoler.
Moi : Ca c'est ce qu'on appelle une envie pressante !
Je commençais à me diriger vers mon siège lorsque un "bip" assourdissant se fit entendre dans tout l'avion. Je me stoppais net.
Je n'aime pas ça... Mais alors pas du tout...
Au fil des secondes, le bruit se fit de plus en plus intense, de plus en plus aigus, je plaquais mes mains sur les oreilles. L'avion se mit à trembler et je dus me retenir aux murs pour ne pas tomber. Intérieurement, je commençais à paniquer, bien que ce genre de situation soit plutôt banal, pour moi la moindre turbulence était synonyme de crash... Mais comme d'habitude, l'appareil se stabilisa peu à peu.
Moi : Aller ma vieille, c'était qu'un trou d'air... Pas de quoi paniquer !
Je tentais de reprendre une respiration normale lorsque un cri affreusement aigus se fit entendre. Il semblait provenir de la loge de nos rocks stars allemandes. Intriguée, bien qu'un peu effrayée par ce hurlement pour le moins inhabituel, je m'approchais à pas de loup de la porte lorsque celle ci s'ouvra violemment manquant de se décrocher de ses gongs et de me défigurer au passage. Elle laissa apparaître un dreadeux à l'air totalement paniqué qui prit la fuite en courant les bras en l'air et en hurlant des propos incohérents sur la fin du monde et je ne sais quelle autre catastrophe...
Tom : OH MON DIEU !! OH MON DIEU !! ON VA TOUS MOURIR !! C'EST L'APOCALYPSE !! SAUVE QUI PEUT !! CHACUN POUR SOIT !!
Il fut presque instantanément suivit par un grand aux cheveux long noir qui le suivait plus doucement d'un air blasé.
Bill : Tom... Ce n'était qu'un trou d'air ! Reviens t'asseoir ! Tom ! Ca suffit ! Laisses l'hôtesse tranquille ! TOM !!
J'éclatais de rire ! Ce gars était pire que moi et, croyez moi, ce n'était pas facile de trouver quelqu'un comme ça... Je me tenais le ventre, complètement essoufflée, je ne pouvais plus m'arrêter de rigoler... J'étais totalement pliée en deux. J'essayais vainement de me calmer lorsque le bruit repris de plus belle, plus intense, plus fort, plus assourdissant que jamais. Une hôtesse passa devant moi en courant, elle paraissait anormalement angoissée.
Moi : C'est pas normale ! Qu'est ce qui se passe ? Mademoiselle ? Pourriez vous...
Une violente secousse me projeta contre le mur et m'empêcha de finir ma phrase. Je me rattrapais de justesse à la poignée de la porte, je me redressais, tentant de me stabiliser et de ne pas céder à la panique, après tout, ce n'était qu'un trou d'air.
Du moins je l'espère...
Mais une autre secousse encore plus brutale que la première se fit ressentir suivit, elle aussi, rapidement par un troisième choc. Plus les secondes passaient, plus elles se faisaient fréquentes et plus elles devenaient violentes. A présent, le temps entre deux était si court, qu'elles semblaient en continues... A chacune d'entre elles, je me retrouvais écrasée contre les parois de l'appareil, l'angoisse grandissait en moi, ma respiration se fit haletante et de la sueur perlait sur mon front. Mes mains devinrent moites et mes jambes commencèrent à trembler, d'abord légèrement, puis assez pour ne plus pouvoir supporter mon poids... Je me laissais tomber au sol, secouée de spasmes. Une main se posa sur mon bras, une hôtesse s'accroupit à mes cotés.
Hôtesse : Mademoiselle... Mademoiselle... Regagnez votre siège... C'est pour votre sécurité...
Je relevais la tête, l'angoisse et la panique se lisaient clairement sur son visage. Des larmes coulaient sur ses joues. Elle m'attrapa le bras et essayait de me relever, mais je restais pétrifiée au sol. J'étais incapable de bouger, j'arrivais à peine à respirer... Mon pire cauchemar était en train de se réaliser... Mon mauvais pressentiment... C'était ça... Plus d'erreur possible... Nous étions en train de nous écraser... Partout autour de nous, des objets se trouvaient renversés, des cadres tombaient au sol. Les spots perdirent de leurs intensités puis s'éteignirent complètement, plongeant ainsi l'appareil dans une ambiance morbide mais, grâce aux veilleuses, nous n'étions que dans une semi obscurité... L'appareil tremblait toujours, plus fort, toujours plus fort... Je regardais la femme qui se tenait devant moi, j'examinais chacun de ses traits... Je cherchais un peu de réconfort dans son regard... Je ne pu y voir que de la terreur... Sa bouche était tordue en un horrible rictus, elle se forçait à sourire, mais il sonnait faux... Elle avait le sens du devoir et se voulait réconfortante même s'il était fort probable qu'on ne voit pas le soleil se lever le lendemain... Cependant, sa tête pensait autrement et elle ne pouvait pas s'empêcher d'avoir peur, tout comme elle ne pouvait empêcher ses larmes de couler... Moi, je n'avais même pas le courage de pleurer... Je n'avais plus la force, ni la capacité de penser... Mon cerveau ne restait bloqué que sur une seule idée fixe : j'allais mourir... Nous allions tous mourir... J'en étais persuadée jusqu'au plus profond de mon être... J'avais peur, j'étais terrorisée...
Le "bip" se transforma en une alarme plus assourdissante encore... Des gyrophares rouges s'allumèrent au quatre coins de l'avion... L'hôtesse se releva... Nous avions atteint le stade ultime, celui qui signifie « c'est bientôt fini ». Elle reculait, reculait et reculait encore, elle s'échoua contre la porte des toilettes.
Bill : C'est qui ?
Elle se retourna et frappa de toute ses force. Sa voie trahissait à présent toute la panique qui vivait en elle et le sens du devoir, elle s'asseyait dessus...
Hôtesse : SORTEZ DE LA TOUT DE SUITE !
Bill : C'est Clara ? Entre je t'en pris...
L'hôtesse sanglotait à présent à grosses larmes, moi, j'étais toujours accroupie, ma tête reposant contre le mur, totalement impuissante. Les secousses ne faiblissaient pas... Les gyrophares... L'alarme... Les cris... Les larmes... J'avais la sensation d'être l'héroïne d'un film catastrophe totalement débile... Ma vision devint floue... J'ouvris la bouche... J'aurais voulu crier... Hurler ma terreur... Mais je n'obtins qu'un gémissement inaudible... J'aurais voulu pleurer... Mais les larmes ne sortaient pas... J'aurais voulu courir... Mais je ne parvenais pas à me lever... J'aurais voulu me réveiller... Mais je ne dormais pas... En cet instant j'aurais voulu tellement de chose... J'aurais tellement aimé dire une dernière fois aux gens auxquels je tenais que je les aimais... Je voulais me marier... Avoir des enfants... Je voulais faire notre tournée en Amérique... Je voulais chanter, une dernière fois... Une douleur atroce me déchirait le bas du ventre... Je ne pouvais pas croire que j'allais mourir... Je ne pouvais pas mourir... Pas maintenant... Mais, pourtant... C'était inévitable... Je le sentais dans mes tripes... L'avion était à présent totalement bancal... L'alarme s'amplifia... Les gyrophares se mirent à tourner plus vite... L'hôtesse se retourna soudainement vers moi... Elle me lança à travers ses yeux embués de larmes un regard désolé...Je ne savais que trop ce qu'elle allait faire...
Moi : NAN !! S'IL VOUS PLAIT !! NE ME LAISSEZ PAS !! NE M'ABANDONNEZ PAS !! S'il vous plait...
Mais c'était trop tard... Elle avait fuit vers le devant de l'appareil... A présent, les larmes coulaient abondamment sur mon visage... Je me retrouvais seule... Complètement seule pour faire face... Soudain, je relevais la tête et poussais un hurlement... Je criais le plus fort que je le pouvais... Ma voix s'était libérée et ce cri m'avait libéré... Non pas de la peur qui me tiraillait et grandissait encore à chaque seconde, mais de ma paralysie... Oui... J'allais mourir... A présent, c'était une chose acquise... Mais je ne comptais pas abandonner sans me battre... Je m'étais toujours battu pour tout dans la vie... Je n'allais pas laisser tomber maintenant... C'est alors que progressivement je tentais de me remettre sur mes jambes. Elles tremblaient toujours énormément car malgré ma volonté de vivre, la terreur me dominait encore énormément... Les secousses étaient extrêmement violentes, j'avais beaucoup de mal à garder mon équilibre... Je m'écroulais au sol... Me relevais et retombais... J'avais mal... J'avais certainement des bleus partout... Mes mains étaient en sang... Mes coudes nus complètement déchirés par les bouts de verre sur lesquels je retombais... J'en étais à ma 5éme chute lorsqu'un jeune garçon, aux cheveux blond foncés sortit de la loge des petits protégés de David...
Gus : GEORG LISTING !!! BOUGE TON CUL !!!! SORS DE LA TOUT DE SUITE !!
Georg : Mais, Gustav, y a plus de PQ !
Gus : ON S'EN FOUT !! SORS !!
Je commençais à reprendre pied, lorsqu'un craquement sourd se fit entendre, l'avion se cabra comme jamais auparavant... L'espace d'un court instant, il se retrouva presque à l'envers... Je tombais... Encore une fois... Ma tête heurta violemment le sol, si bien que je restais sonnée quelques secondes... Mais, prenant sur moi, je relevais la tête et tentais à nouveau de me relever lorsque le dénommé Gustav poussa un cri...
Gus : NOM DE DIEU !!
Je me retournais... L'horreur s'empara de moi...
Non... Ce n'est pas possible...
Je fixais le sol... Incapable de bouger... Terrassée par la dure réalité... Entre moi et les toilettes, une énorme fissure de 50 centimètres environ commençait à se creuser dans le plancher de l'avion...
Gus : GEORG !!
Georg : Une seconde... J'ai presque finit !
Gustav se retourna, il semblait totalement désemparer... Son regard se posa sur la fissure... Puis sur les toilettes... Puis sur moi... Je pouvais lire dans son regard la même peur, la même panique, le même désespoir qui m'habitaient à se moment précis... Un sanglot me parcourut... J'étais terrifiée... Comment vous décrire avec réalisme se que l'on ressent à ces moments là ? Comment vous expliquer ce que l'on ressent lorsque l'on sait que l'on va bientôt mourir ? Savoir que plus jamais vous ne pourrez serrer une personne chère à votre c½ur dans vos bras... Savoir que plus jamais vous n'irez au Mc Do... Savoir que plus jamais vous ne vous endormirez dans un bon lit moelleux... Savoir que plus jamais vous ne pourrez hurler sur vos parents parce qu'ils ont oublié d'acheter du nutella... Cela peu paraître bête... Mais pouvez vous essayer d'imaginer ce que cela fait de savoir tout ça ?
Gustav jeta un dernier regard à la porte, puis il s'élança vers moi et m'agrippa par la main m'entraînant à sa suite...
Gus : ALLÉ VIENS !
Je ne sais combien de temps nous avons courus tous les deux... A peine une minute, certainement... Mais cela me sembla une éternité... Je ne parvenais pas à garder mon équilibre... L'avion était toujours secoué de convulsions terribles... Je me cognais dans toutes les parois en essayant de courir et de suivre le rythme de Gustav qui refusait de me lâcher la main. Nous parvînmes avec peine à l'avant de l'avion. Juste à temps... Une explosion fit trembler l'oiseau de fer, je sentais à présent à quel point l'appareil oscillait sur lui-même. Gustav s'arrêta subitement, appuya sa main sur ma nuque et me força à m'étendre au sol.
Gus : ACCROCHES TOI !
Je me cramponnais de toutes mes forces au siège le plus proche sans savoir pourquoi. Une seconde explosion, plus violente se fit ressentir... Je me sentis tirer en arrière par une sensation de néant incroyablement forte... Beaucoup plus forte que moi... L'appareil était à présent quasiment à la verticale... Le vent s'engouffra dans la cabine... Mes jambes pendaient dans le vide... Mes mains moites glissaient le long de l'accoudoir du siége auquel je m'étais raccroché... Gustav, s'était raccrocher à un fauteuil un peu plus haut... Il tourna la tête vers moi... Jamais je ne pourrais oublier le regard qu'il m'a lancé ce jour là... Un regard d'horreur intense... Plus encore que tout auparavant...
Oh non... C'est pas vrai !!
L'arrière de l'avion venait de s'arracher, emportant avec elle, la loge de nos amis allemands, les toilettes... Et Georg...
Gus : ATTENTION !!
Un objet... Une valise arrivait dans ma direction et heurta violemment le siège auquel je me retenais désespérément... Je poussais un cri... Un filet de sang roulait de mes lèvres... Mes cheveux, incontrôlables, rendaient impossible toute vision net... Le vide... Le vent... Gustav... Et mon siége... Mon siége qui commençait à s'ébranler sur sa base... Il se faisait happé par l'arrière et moi avec... Je ne pouvais plus penser... Plus bouger... Une larme coula sur ma joue... J'étais terrifiée... J'hurlais... J'appelais ma mère... Mon père... Mes amis... Julie... Et même mon prof de maths... J'aurais donné n'importe quoi pour que quelqu'un vienne à mon secours... Dans ma terreur, je ne pouvais pas m'empêcher d'admirer Gustav... Du calme dont il faisait preuve... Il avait réussi à caler ses pieds et commençait à escalader les siéges... Lorsqu'il fut parfaitement stable, il se retourna vers moi et me tendis la main...
Gus : DÉPECHES TOI !! ALLER REMONTES !!
Il me tira en avant, manquant de me déboîter le bras... Je m'accrochais désespérément à sa main, comme à une bouée de sauvetage, j'étais intimement persuadée que si je la lâchais, j'étais perdue. Il me fit passer devant lui, me poussant, me forçant à gravir tous les sièges, un par un jusqu'à se que parvînmes au premier rang, le seul endroit où les fauteils paraissaient à peu prés stable... Je me hissais avec difficulté sur mon siège, entre Ju et le grand aux cheveux noirs. Julie me lança un regard affolé, elle pleurait, elle aussi...
Ju : Je suis désolée...
Je lui attrapais la main et la serra aussi fort que je le pus, plantant mes ongles à l'intérieur de sa peau... J'aurais voulu lui dire à quel point je l'aimais... J'aurais voulu la remercier pour tout ce qu'elle avait fait pour moi pendant toutes ces années... J'aurais voulu lui faire promettre de ne pas mourir... J'aurais voulu lui dire que s'il fallait que je meurs pour qu'elle reste en vie, j'étais heureuse de donner ma vie pour elle... Mais, rien ne sortait... J'appuyais ma tête contre l'appuis tête. Je profitais de mes derniers instants de vie, des instants de terreur et de panique intenses comme je n'en avais jamais vécu... J'écoutais les cris tout autour de moi... Julie ne disait rien, Tom hurlait comme un malade, une des hôtesses priait à haute voie et le garçon aux cheveux noir râlait parce que le vent lui défaisait son brushing... Il m'attrapa la main lui aussi, il me sera fort... J'avais mal, mais je m'en fichais, j'allais mourir... Je tournais la tête vers lui et le regardais dans les yeux... Il ne pleurait pas, il ne criait pas, il ne semblait même pas avoir peur... Je l'observais, son attitude aussi bizarre soit-elle, me redonna un peu d'espoir... Jusqu' à ce qu'une secousse, extrêmement violente, la dernière, secoue l'avion... Il tombait en pièce... Il trembla encore un peu, puis s'immobilisa... Les cris cessèrent... Mes larmes arrêtèrent de couler... Ma douleur se tut... Plus rien ne bougeait...
Moi : Ca y est... Je suis morte...